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Ai-Huu Thien-Huu & Jeanne d'Arc







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Contents:
Hinh Anh Xua


Chuy‰n Çi thæm trÜ©ng cû cûa cha Lefas

Voici ce que j'aurais dit hier 22 Mai 01 a Hue, a la soiree d'adieu, si les conditions et l'ambiance m'avaient permis de le faire. Ce texte reconstitue de ce que je ruminais dans ma tête peut être intitule : un discours jamais prononcé !

Cher Père Lefas, cher P. Larroque, chers amis,

Depuis une douzaine de jours je n'ai pas osé m'exprimer en public. Arrivé à ce soir dans le periple de Père Lefas de Paris vers Hue, je me sens autorise à vous dire quelques mots.

Je ne suis pas habitué à ce genre d'exercice. J'ai donc besoin de votre aide. Une aide qui doit durer une quinze-vingt minutes. Je pourrais imiter Père Lefas en clamant que ceux qui ne cessent de chuchoter tout le temps au fond de la classe ne restent pas, sinon c'est moi qui m'en vais. Je n'ai pas l'autorité necessaire pour une telle sentence. Je ne suis que votre humble serviteur qui demande humblement mais fermement un silence complet , pour me permettre de me faire comprendre.

D'abord une precaution élémentaire. Je vais m'exprimer uniquement, uniquement en mon nom propre. Je ne represente personne, absolument personne d'autre que moi-même. A Paris nous n'avons aucune structure associative. Les Français sont très individualistes, vous le savez bien ! Tout le monde émet ses idées au cours des visistes à P. Lefas organisées par BuiDang HaDoan. Chaquefois qu'une chose nous plait, on le fait. C'est tout.

Tout Vietnamien qui se respecte glisse toujours dans ce qu'il dit une citation poétique. A plus forte raison pour les Vietnamiens d'outre mer (c'est ma traduction de VK) qui ne cessent de dire : "vous voyez, vous voyez, je ne suis pas deracine , je ne suis pas deracine !"

Bon, je remplis vite fait cette obligation par n'importe quoi, du moment que c'est connu de tous les enfants au VN:

Thuy Kieu la chi, em la Thuy Van
Moi nguoi mot ve muoi phan ven muoi !

Depuis notre descente d'avion a TanSonNhat, le 11 Mai, nous avons suivi magnifiquement notre programme en 3 étapes prevues : Saigon-DaNang-Hue. Saigon, que voulez vous que ce soit d'autre que Saigon. C'était le dynamisme naturel et entrainant d'une capitale économique. C'était la masse, le bruit, le mouvement perpetuel, le, les chansons a n'en plus finir. Même les soeurs du Couvent des Oiseaux ( Regina Mundi" C'est la meme chose") chantaient de jolis chansons VN avec quelquefois un rythme endiable (quel vilain mot!) : elles chantaient en choeur, habillees de jolies robes (ao dai) blues ciel, tout comme de jeunes filles en fleur ! Saigon, c'etait la fureur de vivre! Pour faire ressortir une telle fureur de vivre il fallait TM Tam. Pour la contenir il fallait TK Lan, aide de bien d'autres: NV Danh (president de l'Amicale des Anciens Eleves TH à Saigon) par exemple. Pour la depasser, se mettre au-dessus de cette fureur il fallait Soeur MaiThanh. DaNang, tout le monde sait que c'est une ville qui monte, qui monte ! Ils étaient 5 au debut, puis peu à peu ils se découvrent les uns les autres. Ils arrivent par vague, pour se retrouver une trentaine (le quart de Saigon) pour accueillir P. Lefas et P. Larroque. Comme c'est une ville qui monte, l'atmosphère reflete une force tranquille. DaNang, c'est la jeunesse ! Qui se lit sur le visage de soixantenaires comme NT Hung, Ngo Viet Phu ! Ce qui est bien a DaNang c'est que ceux qui ne respirent pas la jeunesse se montrent aussi enthousiastes, comme tout le monde.

Arrive Hue ! Hue c'est vraiment Hue ! Quelle angoisse! Heureusement 2 jours avant notre arrivée à Hue on a pu contacter LV Gioang. Et quand, des notre arrivée , on assiste au festin offert par LV Gioang et sa femme TamThanh (accent "nang") dans le cadre select de l'hotel Saigon-Morin, je me suis dit : c'est gagne ! Par la suite ce sont les R.P. LV Phuc, Cha Anh, Cha Qui qui prennent en charge les visites aux lieux de culte, les congregations religieuses, visites très appreciées de P. Lefas, en particulier LaVang. Aujourd'hui c'est le bouquet : une visite quasi "officielle", avec traductrice depêchée par le Directeur de la Faculte des Sciences de Hue, organisée par DoTrinh Hue. Hue est une ville vraiment bizarre. Souvent on la trouve endormie, comme une ville fossile ! Puis au détour d'une rue, on découvre les forces vives qui l'habitent. Elle sont la, tapies dans la discrètion et la distinction des attitudes. Il suffit d'un signe, et tout se declenche tout s'enclenche !

Les 3 étapes de notre periple au VN se distinguent les unes des autres, ont leurs particularites. Mais à chaque étape le sejour de Père Lefas et Père Larroque brille de tous ses éclats. Tout comme les soeurs Kieu sont differentes dans leur éclatante beauté (tiens, c'est bizarre, c'est ma citation poétique obligatoire !).

Il y a quand même une importante chose qui ne nous quitte pas d'une semelle: une grande et constante émotion. Une émotion qui fait verser des larmes à Saigon, à DaNang, ici à Hue. Avec une mention particuliere pour Hue : probablement a cause de la proximite de la Rivière des Parfums, les larmes y sont plus abondantes, et toujours dans la discrètion! C'est cette émotion qui nous met en communion avec nos professeurs, avec leur pensée, leurs sentiments. Cette émotion nous met en communion avec notre passe, c'est la dire avec nous même. Elle nous met en communion les uns avec les autres, pas seulement avec ceux qui sont la, mais aussi avec tous ceux qui, des 4 coins du monde nous accompagnent a leur manière. Nous savons bien que beaucoup d'autres de nos condisciples, de plusieurs generations, sont la avec nous: l'absence est une presence, les philosophes (Heidegger ?) l'ont dit!.

Les emotions passent. Une communion, quand elle a eu lieu de manière si sincère, si profonde, reste. Je crois que c'est cette communion qui constitue le grand souvenir du pellerinage de P. Lefas et P. Larroque à Hue.

Hue ville bizarre, ville éternelle ? Malgré la distance j'y reviens souvent. On m'a souvent demande pourquoi ? Evidemment parce que j'aime Hue. Mais encore? Parce que Hue m'enrichit. Chaque fois que j'y retourne il me suffit d'un peu d'attention pour recevoir une belle leçon. Exemple. Il y quelques annees, je me promenais un soir dans la rue allant vers le stade où adolescent je ramassais les "mu u" pour en faire des billes. Il doit être 9h ou 9h1/2. C'est dire assez tard. La nuit est sombre, la rue completment deserte, pas eclairée. Au loin un (une ?) reverbere solitaire, une petite lumière jaune blafarde. Je marche la tête un peu vide, humant l'air chaud. Tout d'un coup : Chu oi Chu ! Chu mua gium Chau may cai trung lon di !

Je vois à peine d'où vient cette invitation : c'est une fillette, une douzaine d'années, assise par terre, avec une femme qui doit etre sa maman. Toutes les deux dissimulees dans l'ombre, sous la faible lumiere du reverbere. Interloque, je reste sans reaction : L'invitation de la fillette est tout un poeme ! Pour bien me comprendre il faut lire cette phrase dans le plus pur acccent feminin de Hue. La voix de la fillete reste une voie d'enfant, mais deja un tantinet raffermie par la necessite. La necessite et l'habitude de lancer cette invitation pour sa vie : elle le fera encore longtemps, peut etre toute sa vie ! Ici je veux m'adresser particulierement à Eva, la si gentille et si maternelle Eva de Long (LeVan Long), qui se fond si naturellemnt dans notre communaute. Comme pratiquement tous les Europeens, tu ne sais pas apprecier les oeufs couves. Tu en a peur meme. Mais si tu avais ete avec moi ce soir la a entendre la voix, l'invitation de la fillette qui vend des oeufs couves tard dans la nuit avec sa maman, non seulement tu n'en auras plus peur, mais tu seras d'accord avec moi pour penser que si quelqu'un voulait ajouter quelques notes, une parole, au chef d'oeuvre de Gustav Mahler, son poeme symphonique "Les Chants de la Terre", ce serait bien cette phrase lancee dans la nuit chaude et humide par cette fillette de ce bout de l'espace : une rue de la ville de Hue ! L'invitation de la fillette parvient a mes oreilles du ras de l'herbe. En realite elle vient des profondeurs de la terre, pour maintenir la vie sur cette terre de Hue ! La vie condensee dans sa plus simple, sa plus depouillee expression : sa propre existence. Juste vivre, juste exister ! Se promener betement et tout d'un coup une fillete te donne l'occasion de prendre conscience, une nette conscience, de l'existence humaine ! Chu oi Chu ! Chu mua gium Chau may cai trung lon di! (Tonton, Tonton, s'il te plait, achête quelques uns de mes oeufs couves).

Et cette fois-ci, quelle est la leçon ? "Nous étions quelques centaines d'anciens de l'Institution JA. Nous nous retrouvons maintenant 3 a avoir choisi de vivre a Hue. Un endroit difficile. Un climat difficile. Des conditions economiques difficiles. Avec des gens dont certains ne sont pas moins difficiles !". Quand j'entends cette jeune dame dire cela de maniere mi-figue mi-raisin , dans ma petite tete de metisse, un peu occidentalise, je me dis : "mais elle est masochiste, la dame "! Evidemment ce n'est pas le cas. Elle me rappelle qu'en gagnant sa vie a la sueur de son front on a peut etre une chance de s'elever, de grandir. Elle me dit que c'est en donnant son sang pour construire sa vie qu'on lui donne un sens et un prix. Terrible lecon d'humanite dite d'une voie douce, mais ferme , sans aucune connotation de prof ! Et un joli trait de noblesse. Celle emanant de ceux qui sont pret a mener leur vie en partage avec d'autres, bien d'autres. Voilà ce qu'est Hue pour moi. Voilà quelques raisons de mon desir d'accomnpagner P. Lefas en pellerinage à Hue.

J'ai cité quelques noms dans le survol des étapes de notre voyage. Mais ne comptez pas sur moi pour les remercier. Je n'ai aucune qualification pour le faire. Nous avons realise ensemble ce projet, chacun a sa place, au moment voulu, mais aucun plus que d'autres. Je n'ai donc pas a vous remercier.

Nos remerciements sont reserves a nos invites. D'abord P. Larroque, et a travers lui P. Etcharren qui a pensé a faire venir P. Larroque de l'ile de la Reunion! C'est tranquilisant de savoir qu'en cas de defaillance de notre part, P. Larroque est la pour soutenir P. Lefas dans ses faux pas, pour lui offrir son bras protecteur de grand sportif. C'est tres rassurant de savoir qu'en cas de grande defaillance de notre part ou de la part de P. Lefas, P. Larroque est la pour ramener P. Lefas dare dare en France. Puis P. Larroque est un ecclesiastique qui met de l'ambiance. On a tout a gagner en sa compagnie ! P. Lefas, nous le savons, est un très bon professeur pour nous tous. Nous savons aussi que l'on ne peut bien faire quelque chose que si l'on aime le faire. P. Lefas aime ses taches d'enseignant. Il aime partager ses connaissances. Il aime nous faire aimer ce qu'il aime. Quelqu'un (LeVan Long ?) a parle de Chateaubriand l'autre jour. L'enseignement pratique par P. Lefas ne se limite pas a des textes. Il vit ce qu'il enseigne. Vous le voyez bien : le stoicisme dont il nous a fait comprendre la valeur, il est en train de le vivre pour etre avec nous !

P. Lefas, vous avez été là, il y longtemps et pendant longtemps, quand nous avions besoin d'être formés. Comme par hasard vous êtes encore là, toujours là, aujourd'hui, quand nous avons besoin de vivre ensemble, ici, maintenant, vivre ensemble un moment d'humanisme, un moment de bonheur. Alors le plus grand merci à vous, P. Lefas. Et un petit merci à vous tous pour m'avoir si gentiment écouté.

Merci.

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Ici il doit y avoir quelques applaudissements polis pour moi, que je dois arrêter pour continuer :

Je vous en prie, je n'ai pas fini.

Notre voyage n'est pas parfait. La perfection n'est pas de ce monde. Il manque une personne. C'est une personne qui m'embete des fois. Je suis en train de m'impregner de DoanThi Diem et Dang Tran Con et voila : "je veux que tu ailles chercher du the pour moi !" Je me prelasse au salon, une petite sieste meme et de nouveau : il y a une course urgente pour la Pharmacie ! Je compte aller a Paris me promener au bord de la Seine, mais pas permis : tu finis de reparer le robinet ? Pire : je ne suis plus son prof de math, elle raisonne comme elle veut, elle fait ce qu'elle veut ! Fini le temps ou j'avais tant d'ascendance sur sa personne !

Mais elle me donne tant. Et surtout elle saura apprecier pleinement, profondement, notre joie d'etre la ensemble. Dommage, bien dommage.

Vous avez compris. Cette tirade pour ma Dulcinee est une defense contre des insinuations idiotes, des soupcons totalement infondes, comme dirait HaThuc Dat !

J'ai vraiment fini. Merci

Hong,

Pense a Hue, 22 Mai 2001. Ecrit a Saigon le 23 Mai dans la nuit.



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