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photo provided by Duong Quang Hong (1942-2005).
Thiên-Hữu Học-Đường
(Institut de la Providence, Hue, Vietnam)
1933-1975

Cha Georges Lefas (1906-2002) |
Institut de la Providence à Hué
(Thiên-Hữu Học-Đường, Hué, Vietnam)
G. Lefas. (SMEP).
Version Vietnamiene
|
Hué, l'ancienne capital impériale de la dynastie des Nguyen,
toujours vibrante d'un faste sans
ostentation et d'un charme discret, conserve sa réputation de ville des lettrés et des hauts mandarins de la Cour.
Dans les années 30, le jeune Empereur
Bao Dai, frais émoulu de ses études, dans les meilleurs établissements de Paris,
avait été intronisé, comme digne successeur de S.M Khai Dinh.
A Cette époque - déjà lointaine - les rouage de l'administration impériale,
jumelée avec ceux de la présence
française en Annam, peuplaient la cité d'un monde de fonctionnaires haut-placés qui formaient un microcosme original où
les inévitables intrigues des milieux politiques cédaient le pas à une courtoisie
raffinée, doublée de rapports "bon-enfant".
L'éducation parisienne du jeune Empereur jointe aux traditions
chrétiennes de son illustre épouse, S.M. Nam Phuong, issue de l'élite
de la société Saigonnaise, parurent, aux yeux de Mgr Allys, le Vicaire apostolique du lien des circonstances encourageantes,
pour la fondation d'un établissement secondaires catholique.
Ce projet répondait, en effet, au désir commun du milieu mandarinal et de celui des fonctionnaires et colons français, de trouver sur place
l'instruction et l'éducation de haut niveau, capables d'assurer à leur progéniture
l'accès à l'éventail des fonctions dont le pays avait
besoin, pour s'assurer une autonomie convenable.
C'est ainsi qu'avec la discrète approbation de l'Adiministration française, fut mis au point
le projet de la fondation de l'Institut de la Providence,
établissement d'enseignement secondaire, du type classique, calqué sur ceux de la métropole.
Les grands ordres religieux et les congrégations enseignantes ayant décliné l'offre de
présider à cette fondation, Mgr de
Guebriant, alors supérieur de la Société des Missions Etrangères de Paris,
accepta de relever de défi de sa réalisation, lors de sa visite en Indochine, en 1931.
Dès lors, le successeur de Mgr Allys, Mgr Chabanon allait pouvoir procéder à la bénédiction solennelle, en ouvrant, le 15 Septembre 1933,
une classe de 6ème, à 2 sections, complétée par les 2 classes préparatoires de 7ème et de 8ème.
Le tout comportait 132 élèves, sur les 190 qui
s'étaient présentés. Dans ce nombre, on comptait 17 français pour 125 vietnamiens,
parmi lesquels se trouvaient 28 catholiques, à côté des 103 confucéens, adeptes en
faille du Culte des Ancêtres.
L'emplacement choisi était spacieux et aéré, se situant en bordure de
l'ancienne avenue Khai Dinh, non loin de l'évêché et presque en face du couvent des
Rédemptoristes canadiens.
De la terrasse qui surplombait les deux étages de cet immeuble central , de 73 mètre de long,
on apercevait, au Sud, la colline du
"Ngu Binh", dite "Ecran du Roi", dressée comme un paravent tutélaire pour protéger "L'esplanade des Sacrifices",
le Nam Giao où S.M L'Empereur accomplissait périodiquement les rites traditionnels de ses attibuts
de "Fils du Ciel".
De 1933 à 1939, quatre autres bâtiments disposées à l'équerre, allaient successivement compléter cet ensemble harmonieux, construit sur les
plans de l'architecte-entrepreneur Dinh Doan Sac - conseillé par le R. P Douchet, sauf pour la chapelle,
élégante et moderne, dont les plans avaient
été gratuitement fournis par un architecte ami de France André Duthoit. Le sol de cet emplacement
rizicole étant marécageux,
c'est sur une forêt de bambous imputrescbles que reposent les constructions selon une technique originale qui allaient faire
ses preuves de lolidité, lors des futurs bombardements de la capitale impériale. L'appobation
stimulante des milieux officiels
s'était largement manifestée, à la cérémonie de l'inauguration, par
la présence des personalitées, telles S.E. Tôn That Hân, ancien
Régent de la Cour, et du côté français, le Résident Supérieur Lavigne, assisté du chef de la Sureté, Sogny et, pour les celésiastiques, d
R.P. Florent Zuchelli, représentant le Délégué apostolique Mgr Dreyer (O.F.M.)
M.P. Modeste Duval
|
Pour le personnel ensseignant de l'établissement, Mgr Chabanon n'avait pas lésiné, faisant appel
aux plus doués de ses missionnaires, à savoir: R. P. Lemasle (futur Vicaire apostolique, les Pères Dancette et Massiot, a
ainsi que le R. P. Nguyên van Thích (un fin lettré, converti) et surtout, le R. P. Ngô Dình Thuc (futur archevêque de Huê)
à qui sa licence de Philosophie permettait d'être le Directeur légal de l'Institut de la Providence.
Divers professeurs "laics", complétaient l'équipe, tels que MM Trân Diên (futur Sênateur), Tôn Thất Dàm, Tuyên, sans oublier
Mr. Ta Quang Buu (futur ministre de la jeunesse à Hà Nôi).
L'enseignement, aligné sur celui de la métropole, comprenait dès la 6ème,
l'étude du latin (dans l'une des 2 sections),
de même qu'il allait compléter, en 4ème, celle du Grec (facultatif).
Ces disciplines furent enseignées
avec maestria par le R.P. Massiot, aidé de quelques autres. Bien sur,
l'accent était mis sur l'étude approfondie de la langue française, dans sa syntaxe et sa littérature.
Ainsi, ce programme se trouvait - sans négliger les mathématiques - plutôt
axé sur les "humanités", retenues comme le gage d'une
formation solide et universelle. De fait, cela allait permettre à bon nombre d'élèves
d'entreprendre les carrières les
plus variées: juridique, universitaire, médicale, militaire, voire sacerdotale.
Plus tard, avec l'évolution des circonstances et des mentalités,
l'accent sera davantage mis sur les sciences
mathématique et physique, sous la direction savante du R.P. Duval, entré à l'Institut de la
Providence, après son expulsion de la Chine communiste, ainsi qu'avec la compétence du R. P. Oxarango,
cumulant une licence ès Lettres, avec talents de physicien et de
cinéaste, fort appréciés de ses élèves. Beaucoup de ceux-ci en témoigneront,
une fois arrivés en France at après
s'être munis, sans trop de peine, des diplômes des grandes écoles: Polytechnique, Centrale, Ecole Supérieure
d'Electricité, ou H.E.C. etc. . .
Précisons que l'atmosphère de l'Institut de la Providence était faite du respect
de l'ordre, tempéré par une sorte de
familiarité dans les rapports mâitre - élèves et entre camarades.
Comment en donner une meilleure idée qu'en cédant la plume à celui des
anciens élèves que
sa notoriété avait déjà désigné
pour présider en 1958 le 25ème anniversaire de la fondation de l'Institut de la Providence,
Mr Tôn Thất Thiên ?
Après avoir rappelé ses début à L'Ecole Paul Bert, il brosse,
avec humour un tableau de ses années "de la Providence".
(...) Comme mes années de scout, mes années d'élève à la
Providence ont, dans une très grande mesure, contribué
à me rendre apte à avancer plus tard, sans difficulté et d'un pas ferme dans les études
que j'aillais entreprendre et sur le chemin de la vie.
L'Institut de la Providence, créé en 1933, était une école
"Tây"(enseignement français et applicant le programme d'enseignement
préparant au baccalauréat métropolitain). Les fondateurs de l'établissement
eurent une vision très large; c'est pourquoi l'influence que l'école allait exercer plus tard fut très grande.
L'école relevait de L'Eglise catholique et était une école française; elle avait donc,
forcément, pour arrière-pensée de promouvoir le catholicisme et la France.
Mais, en l'occurrence, on fut très discret et très subtil, ne se livrant à aucun
prosélytisme de nature à gêner quiconque.
Pendant toute la durée de mes études à la Providence,
de l'année scolaire 1936-1937 à l'année scolaire 1943-1944, je n'ai jamais subi, ni directement, ni indirectement, la moindre pression tendant à
m'amener à recevoir le baptême ou à "suivre les Tây".
C'était un grand établissement, doté d'un corp enseignement digne de respect.
C'était en outre une école secondaire privée, influente, du Centre Viet Nam.
De ce fait, l'école attirait des élèves non seulement
du Centre Viet Nam tout entier, mais aussi du Sud, en particulier parmi les enfants
des familles catholiques.
Bien que l'école accueillit en même temps des élèves français et des élèves
vietnamiens, je n'ai jamais ressenti la moindre discriminations par rapport aux
élèves français. Les professeurs et les pères faisaient preuve d'une parfaite équité à l'égard
des uns et des autres.
Peut être avaient-ils plutôt tendance à prendre la défense des élèves vietnamiens.
Aussi, lorqu'une batille opposait des élèves vietnamiens, souvent les pères
administraient une gifle aux français d'abord, avant de l'aministrer aux Vietnamiens.
(...)La seconde remarque que je tenais à faire à propos de la Providence, c'est que j'y ai recu
une instruction très sérieuse, en particulier en matière de
langues vivantes - français et anglais. Les enseignants, français comme vietnamiens,
avaient une grande compétence et enseignaient avec conscience et attention,
tout en était sévères, exigeant de leurs élèves un grand effort. (...)
(1)
On le voit, l'Institut de la Providence s'était proposé avant tout,
de mettre un corps professoral, issu, en grande partie, du clergé
missionnaire, au service de l'élite de la capitale impériale, afin de donner à
ses enfants une formation intellectuelle et morale, capable de les préparer aux
responsabilités qui les attendaient, à leur majorité.
Bien entendu, cet établissement a du s'adapter aux évènements qui ont pesé
sur les destinées du Viet Nam, entre les années 1933 et 1975. Au cours de ces quelques quarante années cruciales,
on peut distinguer plusieurs étapes historiques.
I- 1933-1945: Période de fondation.
Dans ces débuts, la mode et la force des choses tendaient à postuler le prolongement des études
condusant au baccalauréat, par celles dont le départ pour la France permettrait d'espéerer bénéficier.
Or, pour beaucoup de ces élèves, ces espoirs allaient être pleinement comblés. En voici des exemples
concrets: l'un d'eux - polytechnicien - prendra l'adjudication de deux troncons d'autoroute en France. D'autres
ingénieurs E.S.E traivailleront à la C.I.I. ou à l'E.D.F. Un autre choisira la Météorologie et deviendra
spécialiste des pays de Mousson. D'autres s'orienteront, par le Droit, vers la magistrature, le barreau
ou la diplomatie. Aux Etats-Unis l'un d'eux - "boat-people" réfugié politique - réussira à se glisser
dans les services de la Défanse "top-secret". Enfin pendant la guerre, d'autres, restés sur place,
s'illustreront dans l'armée de terre, la marine ou l'aviation de chasse (2).
II- 1946-1963: Période d'épanouissement.
Parmi les évènements qui ont ébranlé le cours des choses, au Viet Nam, le "Coup de Force
Japonnais" du 9 Mars 1945 compte au premier chef: d'abord en guise de contre-coup de la défaite française
en 1940, en face de l'agresseur Nazi. Quelles qu'aient été les visées du Japon, une cassure s'était produite,
dans le dispositif de l'Administration française, en Indochine (rallié bon gré, à la cause du
Maréchal Pétain). Tout sera remis en question, à la suite de la capitulation de l'Allemagne Hitlérienne;
mais rien ne sera plus comme avant, dans l'ancienne Indochine française. Sans entrer dans les détails du
retour de la présance française, avec le général Leclerc et, plus tard, le Maréchal de Lattre de Tassigny,
tout finira par craquer, au désastre de Diên Biên Phu (1954)...
Cependant, contre toute attente, L'Institut de la Providence traversait ces orages, sans sombrer,
en dépit des blessures périodiques de la guerre.
L'établissement surnageait, parce qu'il s'adaptait souplement à l'évolution des mentalités
et à la marche irrésistible vers une indépendance, trop longtemps marchandée à ce pays,
mur pour la prise en mais de ses destinées.
M.P. Jean Oxarango
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Cette adaptation valut, sans doute, aux générations d'élèves que formait
l'Institut de la Providence,
de trouver sur place, sans chercher à s'évader, ni à esquiver leurs responsibilités, des occasions de se
mettre au service de leur patrie en plein mutation.
En partculier, l'accession au pouvoir du Président Ngô Dinh Diêm (1958-63)
permet à un certain nombre d'anciens élèves de l'Institut de la Providence, connus de
Mgr Ngô Dinh Thuc, d'être appelés à des fonctions gouvernementales qu'ils
excerceront, avec compétence et probité.
Au cours de cette période, une Université catholique fut fondeée
à Dalat et fut dirigée par le R.P. Nguyên van Lâp, un encien professeur et
aumonier de l'Institut de la Providence. Tandis que, à Hué, était fondée une Université
d'Etat, dirigée par le R.P. Cao Van Luân. Celui-ci fit appel à des professeurs de
l'Institut de la Providence, comme les pères Oxarango et Lefas pour y assurer des cours, dans les
Facultés des Letters er de Pédagogie. En outre, la fontion de Doyen de la Faculté des
Lettres fut confiée à un ancien élève de la Providence, Mr Lê Thanh Minh Châu
dont les diplômes avaient été acquis aux Etats Unis.
III- 1963-1975...: "Vogue la Galère !
La bien triste disparition du Président Ngô Dinh Diêm et de ses
frères inaugura une période de confusion au Sud Viêt Nam dont le Nord Viêt Nam
allait tirer parti, pour préparer la "Réunification" dont il rêvait. La réalisation de
ces projets de mainmise sur le Sud fut entachée d'évènements parfois tragiques comme celui du fameux
Têt Mâu Thân (Fév. 1968) qui donna lieu, à Hué, à une
hécatombe de quelque 3000 victimes civiles dont - hélas - plusieurs jeunes élèves
de la Providence.
Néanmoins à cette époque, un bon nombre d'anciens
élèves, bacheliers de l'Institut de la Providence, entraient à l'Université de
Hué, pour y préparer une license ou un diplôme de Pédagogie, leur ouvrant la carrière
du professorat, Ainsi, notre établissement remplissait une partie des ambitions de ses Fondateurs,
traduites par ce titre d'Institut.
Dès lors, une partie des actuels professeurs de Lettres et de
Langues vivantes de la Providence de Thua Thiên ont été formés, depuis leurs années
de Secondaires jusqu'à l'Université, par leur professeur de l'Institut de la Providence.
IV- 1975...: Justification finale du titre d'Institut.
De nos jours, vinght ans après la "Réunification" du Viêt Nam
sous l'égide du Gouvernement de Hà Nôi, il se trouve que les bâtiments de l'ancien
Institut de la Providence ont été, heurreusement utilisés par l'Administration Provinciale,
comme "annexe" de l'Université de Huê*, pour y distribuer l'enseignement supérieur de 3 Facultés
(histoire et Géographie - Science Sociale - et Culture Générale). Les locaux bien
entretenues ont été judicieusement employés. C'est ainsi que l'ancienne chapelle dont le
"choeur" a été isolé par un immense rideau de couleur pourpre, sert de salle
d'étude, ouverte aux étudiants qui y travaillent dans un silence recueilli...
De sucroit, on note avec intérêt qu'un bon groupe de professeurs de Langues vivantes,
formés partiellement par les anciens professeurs de l'Institut de la Providence, ont
pris sur eux d'inaugurer bénévolement des "cours du soir" de langue française destinés,
notamment, à des "cadres" de la ville désireux d'ajouter cette "corde à leur arc".
Truong Dai Hoc Khoa Hoc
|
Ils ont ainsi formé une petite association (le Cenlet), discrètement
encouragée par les autorités officielles, comme le montre l'envoi de plusieurs d'entre eux, en France, pour
y suivre des stages (de 9 mois ou davantage) en vue de leur perfectionnement professionnel.
Un manuel d'enseignement du francaise aux Vietnamiens est prévue en 12 tomes
et intitulé "Tiéng Pháp" édité par Hatier - Didier (et prochainement diffusé par
une maison d'édition au Viêt Nam). Il a bénéficié du concours de plusieurs jeunes professeurs Vietnamiens,
parmi lesquels se trouve Mme Pham Thi Anh Nga qui enseigne à la Faculté de Pédagogie de
l'Université de Huê.
Comment ne pas voir, dans ces faits encourageants, la justification "providentielle"
du titre, donné dès le début, à l'Institut de la Providence par le fin lettré
qu'était le R.P. Nguyên van Thích: "Thiên Huu Hoc Duong"(3).
G. Lefas. MEP
(1)Tây: Littéralement "Occidental", terme à connotation péjorative
utilisé à la place du terme "français".
Ce témoignage est extrait de la revue "Tiếng
Sông Hương" 1994, traduit par Mr Trương Bửu Khánh.
(2)Voir la list succinte des noms de ces élèves,
cliquez ici.
(3)Thiên Hựu: le Ciel protège.
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